"J’avais 19 ans et je m’appelais Sylvette David à l’époque. Mon petit ami Toby fabriquait des meubles et les exposait à la poterie Madoura: c’est là que Picasso m’a remarquée puisque lui-même y faisait cuire ses céramiques. Un jour, alors que nous étions avec des amis sur une terrasse voisine de son atelier, il a déployé une toile où il avait dessiné mon portrait de profil, avec ma queue-de-cheval. Nous sommes allés le voir: il nous a montré son travail, puis il m’a demandé de poser pour lui. Tout le monde était ahuri, moi la première. J’avais une amie très belle et c’est moi qu’il voulait. Pourquoi ? Il ne me l’a jamais expliqué. Toujours est-il que pendant trois mois, je me suis rendue à son atelier presque chaque jour, pour y passer plusieurs heures assise sur un rocking-chair. 

[…]

Picasso travaillait dans le silence, en fumant et en m’observant de son bel oeil noir. Une fois dans la peinture, il oubliait tout, comme entièrement livré à son inspiration. Pas de conversation, pas de musique, pas de thé ni de café, juste ce regard posé sur moi. Le temps ne comptait pas. En revanche, quand il n’était pas en train de peindre, il me parlait beaucoup. Il me racontait son passé, m’expliquait son art, me donnait des conseils sur la vie et le bonheur.

C’est lui qui a révélé ma vocation: si je suis artiste, c’est grâce à lui.”


Lydia Corbett, aka Sylvette David, sur sa relation avec Picasso dans un entretien avec Grégoire Jeanmonod.

Theme by Pixel Union